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Question n°19

Développer les territoires pour réduire les déplacements

Ajouté par Cyriaque ANONYMISé (MERICOURT (78270)), le
[Origine : Site internet]

En regardant l'histoire de notre pays, la concentration urbaine et l'accès à la mobilité toujours plus grande consomment une très grosse partie de notre production énergétique, fossile et électrique en particulier. En se référant au controversé Jean-Marc Jancovici qui pourtant regarde en face et ne fait pas la politique du déni - quitte à déplaire - , c'est 480 TWh utilisés dans les transports de personnes (70%) et de marchandises (30%). Il est sans doute temps que les instances dirigeantes imaginent des territoires où les différentes composantes de notre activité humaine soient réparties (entendez locales et équitablement réparties) afin de réduire ces contraintes de déplacements chronophages et vecteur direct de notre consommation énergétique.

Les composantes de nos activités sont composées de notre vie sociale locale, de nos emplois locaux, de nos industries, de notre ressource alimentaire (agriculture), de notre tertiaire équitablement répartis sur le territoire français.

Un seul exemple pour représenter le pire de ce qu'il ne faut pas reconduire dans le tertiaire (voire donc devant être détruit à long terme) : La Défense avec un réseau de communication concentrationnaire saturé, un mal-être permanent. Combien d'énergie perdue inutilement chaque seconde ?

Pour illustrer ma question, voici une métaphore : A l'image de l'informatique des années 1970 où le 'mainframe' était roi, l'apogée des stations de travail fin des années 80 - et répartissant la puissance de calcul sur plusieurs CPU - l'a tout simplement cantonné dans les tâches niches où il avait une vraie valeur ajoutée (centres de calculs) et la puissance CPU a été amenée auprès des utilisateurs finaux, répartissant ainsi la puissance de calcul, et faisant tomber le dogme de monopole (cela ne vous fait pas penser à quelques unes de nos entreprises ex-nationales ?), aidé en cela par le développement conjoint des communications inter-ordinateurs.

Comment organiser donc EQUITABLEMENT la répartition de nos activités humaines afin de réduire notre empreinte sur l'ensemble de nos déplacements, plutôt que de chercher le 'toujours plus vite', 'toujours plus loin' ?

Date de la réponse:
Réponse de La maîtrise d’ouvrage, le
Réponse:

Nous vous remercions de votre contribution qui nourrit notre réflexion pour l’élaboration de la Programmation pluriannuelle de l’énergie.

D’après le bilan énergétique de la France pour l’année 2016, les consommations énergétiques finales du secteur des transports s’élèvent à 509 TWh. Le mode routier représente 94 % de cette consommation, et parmi les consommations énergétiques du transport routier, 60 % sont destinées au transport de voyageurs et 40 % au transport de marchandises.

Différentes solutions existent pour réduire les besoins en déplacements contraints et diminuer ainsi cette consommation d’énergie. Le recours au télétravail ou aux tiers-lieux d’activités donnent la possibilité à un certain nombre d’actifs d’économiser une partie de leurs déplacements. L’essor du e-commerce est également une solution pour une distribution énergétiquement plus efficace des biens de consommation, en permettant de remplacer les déplacements pour le motif « achats » par des tournées de livraison optimisées. La dématérialisation progressive des démarches administratives est également de nature à substituer un certain nombre de déplacements physiques, tandis que le développement de l’économie circulaire pourrait diminuer les besoins en marchandises.

La forme urbaine joue également un rôle important quoique pas toujours facilement prévisible dans les besoins quotidiens en transports. La densité du tissu urbain, en amenant un plus grand nombre d’emplois et de services à proximité des habitations, permet une réduction importante des besoins de déplacements. D’après la dernière enquête nationale transports et déplacements, les habitants de la ville de Paris parcourent en moyenne 87 kilomètres par semaine pour leurs trajets du quotidien, quand les habitants des zones rurales parcourent 192 kilomètres. La densité urbaine autorise également une massification des moyens de transport et le développement des transports collectifs, dont la consommation énergétique est bien moindre que pour le transport routier. Ainsi, alors que la voiture représente 93 % des kilomètres parcourus par les habitants des zones rurales, cette part tombe à 38 % pour les habitants de la ville de Paris.

Bien entendu, la densité urbaine ne suffit pas à réduire les besoins de déplacement si elle ne s’accompagne pas d’une mixité des usages, avec le regroupement d’habitations, d’emplois et de services (écoles, commerces) dans les mêmes quartiers. Ces réflexions sont au cœur des nouveaux projets d’aménagement car elles conditionnent l’attractivité et donc la réussite de ces opérations. Cela ne veut cependant pas dire que les habitants de ces quartiers nouvellement créés trouvent l’ensemble des emplois et services dont ils ont besoin à l’intérieur de ceux-ci.

Parallèlement, les infrastructures de transport ont aussi un impact structurant sur le développement urbain. Pour reprendre votre métaphore, de même que le développement des communications inter-ordinateurs a permis la répartition de la puissance de calcul, de même le développement des moyens de transport a historiquement favorisé l’étalement urbain, et donc les besoins en transports.

Les problématiques de transport et d’urbanisme sont ainsi intimement liées et la puissance publique dispose de quelques leviers pour agir sur ces dernières en vue d’influer sur la demande de transport. Ces réflexions sont essentielles pour l’élaboration des plans d’aménagement à l’échelle régionale tout comme à l’échelle locale. Cependant, il ne faut pas oublier que d’autres considérations jouent également un rôle dans le choix des politiques d’aménagement, parmi lesquelles la qualité du cadre de vie, le maintien d’une activité rurale, la lutte contre l’artificialisation des sols, etc.